vendredi 1 décembre 2006

L'INSECURITE SOCIALE

L'exclusion, la pauvreté, la précarité, constituent aujourd'hui le quotidien d'une large part de la population. Cette violence économique et sociale fracture notre société.
La pauvreté s'étend désormais aux chômeurs et aux travailleurs pauvres. Elle touche largement les jeunes. Elle résulte moins d'une insuffisance de ressources que d'une mauvaise répartition des richesses, du travail et du savoir.
Face à ces phénomènes ni la politique de guichet, ni les sécurités traditionnelles (les protections apportées par l’Etat-Providence, le bénéfice d’un « statut », l’appartenance à des groupes...) ne fonctionnent vraiment. Nous essayons de gérer les effets sans attaquer les causes à la racine. Notre société est fracturée entre les « insiders », à l’intérieur du système et qui bénéficient encore de ses protections, et les « outsiders » qui cumulent toutes les précarités. Avec pour conséquence la cassure du pacte social et la contestation violente du vivre ensemble.
La solidarité collective, la responsabilité, l'individualisation des protections, constituent autant de principes pour proposer de nouvelles sécurités.

12 commentaires:

Ghislaine a dit…
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Jean-François PASCAL a dit…

Point de vue
Contre la misère, osons !, par Martin Hirsch
LE MONDE | 01.02.06 | 13h58 • Mis à jour le 23.11.06 | 09h12


Le chiffre est public depuis quelques jours sur le site de l'Insee, et pourtant il n'est pas commenté : 6,3 % de pauvres. En 2003 — dernières statistiques connues —, le taux de pauvreté a connu une augmentation sans précédent depuis que les indicateurs de pauvreté monétaire existent, passant de 5,9 % à 6,3 % de la population française. En d'autres termes, près de 260 000 Français ont basculé dans la pauvreté : 1 000 pauvres de plus par jour ouvrable, dans l'indifférence générale ! C'est un retournement spectaculaire par rapport à la tendance de long terme de baisse de la pauvreté : encore de 12 % en 1970, le taux de pauvreté est aujourd'hui deux fois moindre. Avant 2003, il n'avait augmenté qu'une fois, en 1990, en pleine récession.

Certes, la pauvreté ne se résume pas à un taux et à un seuil. Le sentiment de privation déborde largement au-delà de ceux que l'on définit arbitrairement comme pauvres, avec l'explosion calamiteuse du prix des logements, le recours régulier à l'aide alimentaire, la difficulté à accéder à la médecine de qualité, les inégalités dans le système éducatif. Ainsi, des études britanniques ont montré que les meilleurs marqueurs de la pauvreté pour les enfants étaient de ne pas accéder plus d'une semaine par an aux vacances, et pour les adultes de disposer de plus de deux paires de chaussures et de pouvoir chauffer son logement... Chez nous, on préfère s'en tenir à un taux abstrait pour mieux l'ignorer !

Il faut dire que le taux de pauvreté, calculé toujours avec retard, n'est pas un indicateur qui donne lieu à sanction. Alors que le respect du critère des 3 % de déficit budgétaire a conduit à modifier l'échéancier du versement de l'impôt sur les sociétés, rien de tel pour le taux de pauvreté. Si les critères sociaux avaient autant de poids que les critères économiques, le gouvernement aurait dû agir pour ne pas franchir le cap des 6 % de pauvres. Il n'en est rien. Dommage pour les 260 000 pauvres supplémentaires.

Peut-on espérer que, depuis 2003, les tendances sont plus favorables ? Non, la hausse du nombre de bénéficiaires du RMI (+ 6,2 % entre septembre 2004 et septembre 2005) n'incite pas à le penser. Peut-on se résigner ? Non plus. L'expérimentation en matière sociale est trop peu utilisée en France. Bien des dépenses auraient été évitées, des souffrances épargnées et du temps aurait été gagné en comparant différentes stratégies sociales à petite échelle, pour sélectionner la meilleure avant de la généraliser. La Constitution française a été récemment modifiée pour permettre de déroger à titre expérimental, sur un territoire donné, aux règles nationales. Il faut enfin se saisir de cette possibilité, jusqu'alors demeurée sans application !

Après une décentralisation subite et subie des minima sociaux, les collectivités locales sont obligées d'innover, avec les quelques marges de manoeuvre dont elles disposent. L'empilement des dispositifs n'aide guère : il perturbe les bénéficiaires, qui ne savent plus qui est leur interlocuteur ; chaque financeur — l'Etat, l'assurance-chômage, les collectivités — essaie de se défausser sur les autres, au lieu de coopérer.

Conséquence logique : on ne connaît pas, en France, l'efficacité moyenne d'un euro supplémentaire investi dans l'insertion. Dans les pays anglo-saxons, l'expérimentation a été la clé pour sortir de l'impasse. Au Canada, il s'agit du Self Sufficiency Project : ce programme a été expérimenté en 1992 dans deux provinces (Nouveau-Brunswick et Colombie-Britannique) ; il consiste à proposer à des familles monoparentales bénéficiaires de l'aide sociale depuis au moins un an de garder pendant trois ans leur aide sociale et de bénéficier d'un parcours personnalisé, en contrepartie de l'engagement de rechercher activement un emploi. Au Royaume-Uni, a été créé l'Employment Retention and Advancement Demonstration (ERA) : depuis 2003, des personnes tirées au sort dans six villes sélectionnées par le gouvernement bénéficient pendant trente-trois mois d'un suivi personnalisé de leur parcours de retour à l'emploi, assorti d'une incitation financière. Dans les deux cas, les résultats disponibles montrent une diminution très significative du non-emploi chez les bénéficiaires de l'expérimentation, par rapport au groupe témoin.

Expérimenter, cela ne veut pas dire retarder. Ce qui fait perdre un temps précieux, ce sont ces réformes qui se succèdent avant d'être évaluées, nécessitant pour être appliquées des décrets plus corsetés les uns que les autres. Expérimenter, ce n'est pas se contenter de quelques maigres résultats sur de tout petits échantillons de population. Ces programmes peuvent être ambitieux, à l'échelle d'un département ou d'une région, et être transposés dès lors que la présomption de réussite est suffisamment établie. Personne ne devra rester dans une posture traditionnelle. L'Etat devra accepter des dérogations aux dispositions générales qu'il édicte. Les collectivités territoriales devront revoir leurs modalités d'intervention. Les partenaires sociaux devront exercer leur rôle avec audace. Les entreprises admettre que leur pérennité ne tient pas seulement à leurs résultats financiers, mais aussi à leur engagement solidaire.

Pour aider responsables politiques et décideurs économiques dans cette démarche, nous venons de créer l'Agence nouvelle des solidarités actives. De quoi s'agit-il ? De mettre en oeuvre des actions expérimentales, innovantes, de lutte contre la pauvreté. Il faut partir du niveau local pour favoriser les initiatives créatrices d'emploi, mieux utiliser les dépenses sociales, surmonter ou contourner les clivages institutionnels entre d'innombrables acteurs, qui ont tendance à se neutraliser entre eux. L'Agence nouvelle des solidarités actives interviendra comme catalyseur. Elle visera une culture du résultat appliquée au secteur social. Elle cherchera à employer sur le terrain les propositions audacieuses qui figurent dans les rapports, les conclusions des groupes de travail, ou dans la tête de ceux qui veulent entreprendre socialement.

Notre initiative trouve déjà des échos favorables auprès de collectivités territoriales et d'entreprises. Nous demandons aux parlementaires et au gouvernement que la loi sur l'égalité des chances, en discussion, soit complétée par un article qui autorise les premières expérimentations qui pourraient être lancées. Là où nous trouverons des volontaires pour expérimenter, nous espérons pouvoir démontrer, résultats à l'appui, que l'on peut, plus vite qu'ailleurs, faire reculer la pauvreté et inspirer des politiques publiques plus efficaces. Nous ne prétendons pas garantir le succès, mais nous nous engageons à mettre toute notre énergie et toute notre imagination pour y parvenir. C'est notre contribution concrète au débat parfois surréaliste sur le modèle social français.


Martin Hirsch, dirigeant associatif, est président d'Emmaüs France. Il vient de fonder avec Benoît Génuini, ancien président d'Accenture, et Etienne Grass, haut fonctionnaire, l'Agence nouvelle des solidarités actives.

Jean-François PASCAL a dit…

Analyse
Nouvelles armes contre la pauvreté, par Sylvie Kauffmann
LE MONDE | 05.12.06 | 13h18 • Mis à jour le 05.12.06 | 13h18


Qui méritait le prix Nobel de la paix cette année ? Muhammad Yunus, le lauréat, charismatique économiste bangladais inventeur du microcrédit ? Bill Gates, le fondateur de Microsoft reconverti dans la philanthropie ? Ou bien Sam Walton, père de Wal-Mart, le géant américain de la grande distribution, qui donne du travail à des millions de Chinois ? La décision du comité Nobel d'Oslo de distinguer, en 2006, un champion de la lutte contre la pauvreté a relancé le débat sur les mérites des différentes stratégies de ceux qui s'intéressent au sort des quatre milliards d'individus vivant avec moins de 2 dollars par jour.

Le débat va au-delà du vieux clivage entre l'aide publique et l'aide privée. Il fait rage parmi les enthousiastes de la microfinance, un secteur aujourd'hui en pleine ébullition. Il mêle chercheurs, théoriciens, économistes du monde développé et du monde en développement, mais aussi banquiers, hommes d'affaires et PDG de multinationales qui se découvrent une conscience sociale à l'heure de la mondialisation. Avec un point de départ commun : utiliser les mécanismes du marché pour réparer les failles du marché, et considérer tout individu, aussi pauvre soit-il, comme un entrepreneur en puissance.

Certains s'affrontent sur le degré de profitabilité, ou de commercialisation, qu'il faut introduire dans la microfinance. Le magazine américain The New Yorker vient de consacrer un long article à la bataille "des boy-scouts à but non lucratif et des boy-scouts à but lucratif". Du côté des premiers, les purs et durs comme M. Yunus, acteurs de terrain qui ont vu-de-leurs-yeux-vu ce qu'il en coûte de sortir un individu de la misère. De l'autre, des génies de la Silicon Valley devenus milliardaires par la grâce d'Internet, qui souhaitent mettre à présent leurs talents d'innovateurs au service de la lutte contre la pauvreté.

Pierre Omidyar, qui a fait fortune à 32 ans en créant eBay, est de ceux-là. Pour lui, M. Yunus est limité par sa vision initiale, en refusant de faire du microcrédit un outil capitaliste comme les autres. En 2005, il a fait don de 100 millions de dollars à l'université qui l'a formé, Tufts University, à une condition : que cet argent soit investi dans des fonds qui assurent la profitabilité de la microfinance. M. Omidyar pense que pour être durables( "sustainable") et bénéficier du concept d'échelle, les institutions microfinancières doivent pouvoir accéder aux marchés des capitaux, sans avoir à dépendre des fonds des donateurs.

Pour en avoir débattu avec eux, M. Yunus connaît bien ces arguments, mais n'en démord pas : "Ce débat, nous a-t-il expliqué début novembre à Dacca, vient en partie du secteur bancaire, où l'on voit le microcrédit comme un moyen de faire de l'argent. Moi, je trouve insultant que l'on considère que le seul rôle de l'être humain est de faire de l'argent. C'est une vision tellement réductrice ! L'être humain est bien plus grand que ça. Il existe d'autres types d'activités commerciales, qui sont rentables mais qui ne produisent pas de dividendes. Nous, nous sommes pour le microcrédit comme activité commerciale sociale, pas comme activité commerciale qui cherche à maximiser les bénéfices."

Il y a un an, Franck Riboud, PDG de Danone, a rencontré M. Yunus et a eu le coup de foudre. Avec quelques collaborateurs, comme Emmanuel Faber, directeur pour l'Asie et le Pacifique, il planchait sur la fabrication de produits "affordable", c'est-à-dire vendus à des prix abordables pour des populations très pauvres, à haute valeur nutritionnelle. Danone l'a fait en Indonésie et en Afrique du Sud : il a ajouté le Bangladesh, en partenariat avec la Grameen Bank de M. Yunus.

Guy Gavelle, moine-soldat de l'agroalimentaire, va construire en six mois à Bogra, dans le nord du pays, une usine qui produira le yaourt Shoktidoi, fabriqué avec des produits locaux, de la main-d'oeuvre locale, dans un processus respectueux de l'environnement, et qui sera vendu 5 centimes d'euros. La fondation GAIN, financée par la fondation Bill & Melinda Gates, s'associe au projet et conduira une étude sur l'impact nutritionnel de ces yaourts sur les enfants de Bogra. Les bénéfices seront réinvestis au Bangladesh pour construire d'autres usines. Grameen et Danone toucheront 1 % de dividendes.

"AU PLUS BAS DE LA PYRAMIDE"

Chacun à sa façon, MM. Yunus, Riboud, Faber et Gavelle participent au débat cité plus haut. "On a voulu faire une entreprise durable, pas de la charité, affirme M. Riboud. On pousse l'accessibilité de nos produits au plus bas de la pyramide. Nous essayons de voir si on peut construire un autre modèle économique." C'est ce qui intéresse GAIN, qui a fait entrer M. Riboud à son conseil d'administration. Pour Marc Van Amerigen, directeur de la fondation, "en matière de recherche de modèle économique et de durabilité, Riboud a dix ans d'avance. Il s'agit de pousser les frontières du capitalisme, tout particulièrement pour des sociétés cotées en Bourse, comme Danone, qui doivent rendre des comptes à leurs actionnaires".

Le 15 décembre, le PDG de Danone veut présenter un projet global qui fera le lien entre ses différentes expériences, en Afrique du Sud, au Bangladesh et bientôt au Mexique. M. Faber, lui, cite volontiers les travaux de la fondation Jeff Skoll (autre pionnier de eBay) sur l'entreprenariat social. Sur son site Internet, www.socialedge.org, tout ce petit monde débat allégrement des "business models" susceptibles d'avoir un impact social, des stratégies possibles pour rétablir un "équilibre" là où les failles du marché ont produit un "déséquilibre", avec toujours un maître mot : innover.

Danone n'essaie-t-il pas simplement de se refaire une virginité à bas prix ? Ses dirigeants ne font aucun mystère des avantages qu'ils peuvent retirer de ce genre d'opération, notamment en termes d'identité du groupe. " On fait de l'image ? rétorque M. Riboud. Oui, so what ? Nous avons un projet économique ET social." C'est aussi un formidable outil de motivation au sein de l'entreprise où, "avec la mondialisation, les gens ont besoin de sens". Avec l'irruption dans le secteur du microcrédit de Citigroup et de géants de la philanthropie comme Bill Gates, Michael Dell ou Warren Buffett, le débat s'accélère.

Le magazine électronique Slate dresse le portrait de ces "nouveaux philanthropes" : "Ils sont partenaires plutôt que bienfaiteurs. Ils n'aiment pas le mot charité, préfèrent parler d'investissements sociaux. Ils ont un vocabulaire d'entrepreneurs. Ils préfèrent travailler à l'échelle mondiale plutôt que locale et se concentrer sur les plus pauvres dans les pays les plus pauvres." Les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, s'y sont mis à leur tour. "Nous avons besoin d'idées nouvelles autant que de ressources", soulignait en 2005 l'un des meilleurs experts de la microfinance, Jonathan Morduch, de l'université de New York.

Jean-François PASCAL a dit…

15 résolutions pour combattre la pauvreté des enfants
dimanche 27 août 2006.par Gilles Pradeau

Rappel des propositions de la commission Familles, vulnérabilité, pauvreté d’avril 2005, menée par Martin Hirsch.
Chargée de travailler sur le thème "Familles, vulnérabilité, pauvreté", la commission a rassemblé des représentants des partenaires sociaux, des associations familiales, des associations de lutte contre l’exclusion. Voilà le rapport auquel faisait référence Martin Hirsch aux Journées d’été 2006 des Verts, rappellant l’inaction du gouvernement bien qu’il ait salué ce rapport.

1. Eradiquer en 15 ans le million d’enfants pauvres en France (au seuil de 50% du revenu médian)

2. La nouvelle équation sociale : combiner les revenus du travail et les revenus de la solidarité

3. Une politique économique et sociale plus favorable à l’emploi et plus redistributive

4. Créer un service public de l’accueil des jeunes enfants

5. Etablir une nouvelle relation des familles avec les services sociaux : une interface simple entre 2 univers complexes (complexité des administrations et complexité de la pauvreté), avec un faible nombre d’usagers par intervenants sociaux et que les usagers aient eux aussi un petit nombre d’interlocuteurs.

6. Le logement des familles :
Inverser la tendance à la hausse des loyers ... par une politique de conventionnement plus ambitieuse et une politique fiscale cohérente avec les objectifs sociaux
Tenir les objectifs de mixité sociale par un renforcement de la loi de solidarité urbaine
Préserver le pouvoir locatif des aides au logement quelle que soit la réforme envisagée de ces aides
Partir des situations les plus graves des familles mal logées pour concrétiser le principe du droit au logement opposable

7. Eradiquer le saturnisme (42000 enfants) et réhabiliter les logements indignes (plus de 40 0000 logements insalubres en France) :
Organiser une campagne nationale de dépistage sur la base des recommandations de l’Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé (ANAES)
Se donner les moyens de rénover dans l’urgence les logements à risque saturnin
Expérimenter la constitution de petites équipes départementales de détection de l’habitat indigne
Faire pression sur les bailleurs quand le logement est indécent

8. Ne plus cumuler inégalités sociales et inégalités de santé

Des études de l’INSERM montrent que les écarts d’espérance de vie entre cadres et ouvriers ont tendance à s’accroitre depuis 30 ans.

Un programme national d’expérimentation pour la santé des enfants
Faire porter prioritairement l’effort de prévention dans les zones qui en ont le plus besoin (zones urbaines sensibles).

9. Faire des familles modestes une priorité de la politique nutritionnelle
Accentuer l’effort de modulation des prix en cantines scolaires
Dynamiser l’offre commerciale de produits frais
S’appuyer sur les enfants pour modifier les habitudes alimentaires des parents

10. Permettre le développement durable du crédit sans payer le prix du surendettement
Prévenir le surendettement passif et actif. Dans 2 dossiers sur 3, le surendettement est passif, c’est-à-dire lié à un accident de la vie (licenciement, séparation, décès, maladie). La responsabilité individuelle est alors moins en cause que la faible capacité des plus vulnérables à s’assurer ou à restructurer leur endettement.
Taxer les banques et sociétés financières selon leur « taux de casse » en commission de surendettement. Le taux appliqué à l’encours par banque des commissions de surendettement pourrait être voisin de 1%.
"Il semble impossible aujourd’hui de se fixer des objectifs de lutte contre la pauvreté sans réduire les inégalités de revenus tirés du patrimoine qui sont nettement supérieures aux inégalités tirées des revenus du travail : alors que 10% des français détenaient 44% du patrimoine des ménages en 2000, une étude récente de la DREES montre que 7,5% des ménages ont moins de 3000€ de patrimoine alors qu’une même proportion a plus de 450 000€ de patrimoine. Une étude de Hourriez et Roux pour le Conseil d’Analyse Economique en 2002 avait montré que ces inégalités de patrimoine sont allées en s’amplifiant depuis 25 ans et que ces inégalités accroissent les inégalités de revenu."

11. Gommer les discriminations négatives dans l’éducation
Investir en faveur des ZEP, y compris en révisant les conditions de détermination de la carte scolaire
Investir précocement dans la réussite éducative

12. Donner leur chance aux jeunes adultes
Redéployer le système des bourses universitaires et déductions fiscales finançant des études supérieures

13. Audace, innovation, expérimentation : les mots clés des nouvelles interventions publiques :
Promouvoir l’ingénierie sociale et soutenir les porteurs de projets
S’appuyer sur l’agence de lutte contre les discriminations pour développer le testing social

14. Appréhender la pauvreté sans frontières
Une convention pour l’accès aux soins des étrangers n’ayant pas accès à la CMU pour envisager l’intégration de l’AME dans la CMU. Cette fusion générerait un surcoût de l’ordre de 240 M€ pour rembourser des soins curatifs plutôt que des hospitalisations en urgence.Réouvrir l’accès au travail des demandeurs d’asile

Au niveau européen : "Les programmes actuels ont peu de visibilité politique. Qui connaît le PNAI, ses objectifs, ses moyens, son contenu ? Pourquoi le pacte de stabilité est-il aussi un pacte de « visibilité » alors que les programmes sociaux semblent si timidement défendus et soutenus ? Probablement parce que les uns ont une valeur contraignante et les autres non."

15. Conjuguer solidarité et dignité
Soutenir les actions de promotion familiale, sociale et culturelle
Solidariser les très hauts revenus à la lutte contre la pauvreté
Une semaine par an aux contacts des usagers pour les concepteurs de politique publique
Créer des recueils des besoins sociaux
Créer un service civil de solidarité

Jean-François PASCAL a dit…

Hirsch, Martin (mai 2006). "Les formes modernes de la pauvreté" in La nouvelle critique sociale, Seuil Le Monde, Paris, pp.71-87"

Avant d'être une définition statistique, plus ou moins satisfaisante et fiable, la pauvreté est d'abord une souffrance qui se caractérise par l'intrication de difficultés multiples : inadéquation de la formation et de la qualification - quand il ne s'agit pas d'illettrisme -, chômage, difficulté pour garder les enfants en bas âge, mauvaises conditions de logement, hostilité de voisinage, problèmes de santé, surendettement, difficultés alimentaires, problèmes de transport, vulnérabilité familiale. C'est l'enchevêtrement de ces différents handicaps qui entretient la pauvreté et limite l'efficacité des modes d'intervention traditionnels, lesquels reposent sur des dispositifs spécifiques pour chaque problème. Quand la pauvreté résulte d'une combinaison de plusieurs difficultés, tenter de n'en résoudre qu'une seule, c'est comme n'en résoudre aucune."

Ghislaine a dit…

Je trouve regrettable que l'entrée en matière sur l'insécurité sociale porte sur la confrontation entre de pseudo "nantis", pour résumer ceux qui ont un statut et les autres. J'aurai préféré que vous parliez des 50% des français qui pensent qu'ils pourraient un jour être sans-abri, du 1/3 de sans-abri qui ont un travail, de la financiarisation de l'économie, des délocalisations, du fait que dans les entreprises privées le travail n'est pas considéré comme un capital humain mais comme une ressource, pire comme une variable d'ajustement.

La fonction publique a été créée en 1945 pour reconstruire la France et le statut pour permettre aux serviteurs de l'Etat d'être indépendant de toute pression politique ou des administrés.
Il ne faut pas oublier que près d'1/4 des français travaillent dans la fonction publique. Bien souvent il s'agit du seul revenu stable dans les foyers français. C'est un matelas qui amortit toutes les autres précarités.

Pour finir, ce sont nos bataillons d'électeurs. Avant de qualifier de coûteuses les protections de certains, il vaudrait mieux s'attaquer véritablement aux précarités.

Ghislaine qui travaille dans le secteur privé.

Jean-François PASCAL a dit…

En France, seul le niveau de vie des pauvres et des riches augmente.

LEXIQUE LE MONDE

Article paru dans l'édition du 24.11.06

Près du quart de la population française, 22 %, est touchée par la pauvreté (chiffres Insee 2004).
PAUVRETÉ MONÉTAIRE.

Elle concerne 6,2 % des Français, si l'on arrête le seuil de pauvreté à 50 % de la médiane des niveaux de vie (le taux était de 7,2 % en 1996). Si ce seuil est fixé à 60 %, la pauvreté monétaire touche 11,7 % de la population (13,5 % en 1996).

PAUVRETÉ MATÉRIELLE.

En 2004, le taux de pauvreté « en conditions de vie » s'établit à 14,3 %. Cette dernière se définit par le cumul de privations et de difficultés : loyers, factures, découverts bancaires, etc. Selon l'Insee, 5 % des personnes cumulent les deux formes de pauvreté.

Jean-François PASCAL a dit…

INSEE

En France, seul le niveau de vie des pauvres et des riches augmente

LE MONDE

6,9 millions de Français vivent avec moins de 800 euros par mois

Article paru dans l'édition du 24.11.06
De 1996 à 2004, près du quart de la population est resté touché par la pauvreté

En 2004, la France comptait 6,9 millions de personnes pauvres, disposant de moins de 788 euros par mois pour vivre. De 1996 à 2004, à la faveur de l'augmentation générale du niveau de vie, qui s'est accru de 12 % en moyenne, la proportion de pauvres dans la population totale a diminué - passant de 13,5 % à 11,7 % - révèle l'édition 2006 de l'ouvrage de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) sur Les revenus et le patrimoine des ménages, rendue publique jeudi 23 novembre.
Toutefois, précise l'Insee, cette diminution s'est interrompue en fin de période : 2003 et 2004 - qui ont vu augmenter fortement le chômage, le nombre d'allocataires du revenu minimum d'insertion (RMI) et de travailleurs pauvres - ont davantage été des années de stabilisation de la pauvreté. De plus, si l'on ajoute à cette catégorie de pauvres - au sens monétaire - les personnes qui cumulent des conditions de vie difficiles et de faibles ressources, conduisant à des privations, près du quart de la population (22 %) appartient à l'une ou l'autre de ces deux catégories, 5 % des individus cumulant les deux formes de pauvreté.

Autre précision apportée par l'Insee : l'augmentation générale du niveau de vie sur huit ans a bénéficié principalement aux personnes aux revenus les plus modestes et aux plus aisées, qui ont vu leurs niveaux de vie respectifs augmenter en moyenne de 20 % pour les premiers et de 13 % pour les seconds. Le niveau de vie moyen mensuel s'établit, en 2004, à 1 503 euros par personne, et le seuil de revenu qui sépare la population en deux est de 1 314 euros.

Ce n'est pas une surprise, la répartition des revenus reste inégalitaire : les 20 % des individus aux niveaux de vie les plus faibles détiennent 9,6 % de la masse des revenus par unité de consommation, contre 37 % pour les 20 % des plus aisés.

Les 10 % de personnes aux revenus les plus modestes disposaient en 2004 de moins de 753 euros par mois, le RMI pour une personne seule étant à cette date de 418 euros et le minimum vieillesse de 588 euros mensuels. Les 10 % les plus aisés avaient, eux, 2 363 euros pour vivre.

Dans la même période, la composition de la population pauvre a beaucoup évolué. Elle compte moins de familles nombreuses (couples avec trois enfants ou plus) et davantage de personnes seules (17 % des pauvres en 2004 contre 14 % en 1996) et de familles monoparentales (16 % contre 13 %).

En outre, la pauvreté monétaire a continué à se déplacer des petites agglomérations vers les grandes villes. Près d'une personne pauvre sur quatre vit désormais dans des villes de plus de 200 000 habitants. La proportion de pauvres habitant une commune rurale est passée, en huit ans, de 30 % à 27 %.

Longtemps, les personnes âgées ont été sur-représentées au sein de la population pauvre. C'est de moins en moins le cas.

L'Insee révèle en effet que la population des seniors - les plus de 55 ans - est très hétérogène. Les 55-64 ans, qui sont dans une phase de transition entre la vie active et la retraite mais participent encore majoritairement au marché du travail, bénéficient d'un niveau de vie supérieur à celui des plus jeunes mais aussi à celui de leurs aînés. L'écart de niveau de vie entre les « jeunes » seniors et les plus de 65 ans est ainsi de l'ordre de 15 % en faveur des premiers.

En 2003, précise l'Insee, le niveau de vie annuel moyen des plus de 55 ans était de 18 100 euros, très légèrement supérieur (+ 2,7 %) à celui de l'ensemble de la population. Mais la même année, les personnes de plus de 65 ans disposaient de 16 700 euros par an pour vivre : leur niveau de vie était, lui, inférieur de 7,8 % à celui de l'ensemble de la population. Cette hétérogénéité de situations s'explique notamment par le fait qu'à la faveur de l'augmentation du travail des femmes, chaque nouvelle génération atteignant la tranche d'âge 55-64 ans a connu des taux d'activité plus élevés que la précédente, et bénéficie de droits à la retraite plus importants.

Dernier enseignement et non des moindres apporté par l'Insee : à l'heure où l'UMP propose la suppression des droits de donation et de succession « pour tous les patrimoines petits et moyens » et envisage d'exonérer 90 % à 95 % des ménages jusqu'à 300 000 euros, le patrimoine moyen des ménages vivant en France métropolitaine était de 165 000 euros en 2004, la moitié disposant de plus de 98 000 euros de patrimoine. Toutefois, cette moyenne dissimule d'importantes disparités. Les 10 % de personnes les plus riches possèdent au total 46 % de l'ensemble du patrimoine avec des avoirs supérieurs à 382 000 euros, et les 10 % les plus pauvres moins de 900 euros.

Enfin, parmi les ménages propriétaires de leur résidence principale et parmi les plus de 60 ans, les inégalités patrimoniales sont restées stables. En revanche, elles ont progressé au sein de la population âgée de 30 à 50 ans. Le patrimoine brut des jeunes, qui ont de plus en plus de mal à devenir propriétaire, est moindre en 2004 que douze ans auparavant.

Claire Guélaud et Rémi Barroux

Jean-François PASCAL a dit…

Microcrédit Un espoir d'insertion sociale
Article paru dans l'édition du MONDE 16.11.06
Popularisé par le Prix Nobel de la paix, Muhammad Yunus, le microcrédit aide les personnes les plus pauvres du tiers-monde mais aussi celles des pays industriels. Toutefois, il ne remplace pas les politiques publiques

Pour les acteurs du microcrédit, il y aura un « avant » et un « après » Muhammad Yunus. L'attribution du prix Nobel de la paix, le 13 octobre, à cet économiste bangladais de 66 ans - considéré comme le père de cette méthode de développement qui accorde aux plus démunis des crédits leur permettant de démarrer ou de poursuivre une activité économique - amis en lumière ce secteur méconnu et innovant de l'économie. Elle a surtout conféré une reconnaissance internationale à cet outil de lutte contre la pauvreté.
En trente ans d'existence, le microcrédit a prouvé son utilité sociale. Si ses origines remontent aux premières coopératives bancaires allemandes du XIXe siècle, il est né sous sa forme moderne dans les années 1970 simultanément en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Selon des chiffres admis par la Banque mondiale, il aurait permis de sortir 60 millions d'individus dans le monde de la misère ou de l'exclusion.

Même s'il a eu des ratés ou a suscité d'indéniables abus (comme la prolifération d'usuriers en Inde), le succès du microcrédit est tel que cette « technique du Sud » est aujourd'hui copiée par tous les grands pays industriels, comme les Etats-Unis, le Canada, la Norvège voire la France. Bien qu'ils ne soient pas confrontés au même phénomène de grande pauvreté, ces Etats voient dans le microcrédit le moyen de pallier les carences de leurs grandes banques commerciales, dont beaucoup rechignent à offrir des services aux exclus sociaux, fussent-ils solvables... Le microcrédit n'est donc plus une activité de « niche », réservée aux Etats les plus pauvres, mais un secteur économique à part entière, et en plein développement.

Mais si l'offre de microcrédits s'étend, l'essentiel du marché de la microfinance - concept plus large que le seul microcrédit, qui inclut une importante gamme de services financiers, dont l'assurance, l'épargne et les moyens de paiement - reste localisé dans les pays en voie de développement, où s'expriment les grands besoins en matière d'accès au crédit.

Les données les plus précises sont fournies par le réseau international Microfinance Information Exchange (MIX). Se basant sur les déclarations qu'il a reçues, celui-ci recense 1 275 institutions de microfinance - organisations non gouvernementales (ONG), banques, coopératives, etc. - sur les cinq continents. Ensemble, ces institutions consentent des crédits à 102 millions d'emprunteurs.

L'Asie, l'un des grands berceaux du microcrédit, concentre, sans surprise, une grande partie de l'offre et de la demande : on y trouve 37 % des institutions de microfinance identifiées par le MIX, dont les plus grandes « banques de pauvres » du monde (outre la Grameen Bank de M. Yunus, l'ASA et la BRAC au Bangladesh, la BRI en Indonésie). Surtout, on y trouve 85 % des bénéficiaires.

D'autres estimations qui prennent en compte non seulement les institutions de microfinance mais l'ensemble des « programmes de microfinance » (ceux des banques commerciales classiques et des grands bailleurs de fonds internationaux, comme la Banque mondiale) donnent des chiffres encore plus importants. Ainsi, selon l'ONG Planet Finance de Jacques Attali, il existerait jusqu'à 10 000 programmes de microfinance dans le monde, qui toucheraient 500 millions d'individus ! Environ 20 % d'entre eux appartiendraient à la catégorie des « très pauvres » au sens de la Banque mondiale, c'est-à-dire ces 100 millions de personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour...

Lors du 10e sommet mondial sur le microcrédit, réuni du 12 au 15 novembre à Halifax (Canada), les intervenants du secteur se sont fixé pour but de toucher « 175 millions de personnes parmi les pauvres au monde », à l'horizon 2015.

D'un continent à l'autre, d'une situation économique à l'autre, les modèles de microcrédit diffèrent. Ce qui est mis en place au Bangladesh, pays de M. Yunus et de sa Grameen Bank, fondée en 1976 et désormais dotée de 6 millions de clients, n'a pas grand-chose de commun avec ce qui se pratique aux Etats-Unis ou en Europe occidentale.

Ainsi, pour sortir les paysans bangladais de la misère, la Grameen Bank leur propose des prêts de faible montant - de l'ordre de quelques dizaines ou centaines d'euros - finançant toutes sortes d'activités (petit commerce, artisanat, élevage, etc.). Assortis de taux d'intérêt assez élevés, ces crédits ont vocation à être rapidement remboursés. Ils sont à plus de 90 % contractés par les femmes (considérées comme les premières victimes de l'exclusion financière) au sein de groupes d'emprunteurs solidaire s. Ceux-ci sont « au nombre de cinq, comme les cinq doigts de la main », a coutume de souligner M. Yunus.

Très loin de ce système, en France, l'Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE), créée en 1989 pour suppléer le système bancaire traditionnel, aide RMistes et chômeurs à se réinsérer, à créer leur propre emploi. Ses crédits sont consentis à des taux d'intérêt moindres et peuvent atteindre 10 000 euros, remboursables en deux ans maximum.

Sébastien Duquet, directeur général de Planet Finance, résume ainsi cette différence d'approche : « Deux modèles coexistent. L'un vaut pour les pays industrialisés et est centré sur la création d'entreprises, avec des prêts individuels à taux d'intérêt bas, voire bonifiés par l'Etat, compris entre 2 000 et 15 000 euros. L'autre, en vigueur dans les pays du Sud, met en place des crédits de moindre montant, plus courts et plus chers, souvent collectifs et servant la plupart du temps à financer des activités déjà existantes. »

Cependant, s'il a le vent en poupe et contribue à réduire la pauvreté dans le monde, le microcrédit ne doit pas être pris pour ce qu'il n'est pas, c'est-à-dire un instrument de création de richesses à part entière, une réponse à des politiques publiques défaillantes. « Le microcrédit est une solution parmi d'autres, explique M. Duquet. Mais il ne remplacera jamais les financements publics, pas plus l'école que les hôpitaux ou les routes, conditions d'une croissance économique durable. »

Si chaque grande institution de microfinance peut se targuer d'un exemple de réussite emblématique - l'entrepreneur qui, à partir d'un microcrédit, a bâti une entreprise employant 300 salariés -, les « success stories » sont rares. Partout dans le monde, le microcrédit est surtout un formidable vecteur d'insertion sociale, qui permet aux bénéficiaires de nourrir leur famille, d'éduquer leurs enfants et de leur donner l'accès aux soins ou d'avoir un toit.

Anne Michel

Jean-François PASCAL a dit…

ZOOM

Un groupe de travail du Conseil national de l'information statistique publie un pré-rapport qui insiste sur la nécessité de créer des indicateurs sur le patrimoine et les revenus

La mesure de la richesse, « boîte noire » des inégalités en France
Article paru dans l'édition du MONDE 21.11.06




Pour le moment, il ne s'agit que d'un pré-rapport. Les recommandations du groupe de travail « Niveaux de vie et inégalités sociales » du Conseil national de l'information statistique (CNIS) ne prendront effet qu'après le vote de l'assemblée générale de l'organisme, qui aura lieu le 18 décembre. Un texte d'une quarantaine de pages - consultable sur le site du CNIS (www.cnis.fr) - qui vise à répondre à trois demandes. Celle des organisations syndicales, qui perçoivent une montée des inégalités mais estiment que les statistiques actuelles n'en donnent qu'une vision partielle ou déformée. C'est à leur initiative, largement relayée par la CGT, que le principe d'un groupe de travail sur la question a été adopté en mars 2005 par l'assemblée générale du CNIS. Les acteurs locaux soulignent, eux, l'insuffisance d'ancrage territorial des chiffres disponibles : l'enquête emploi de l'Insee n'est pas régionalisée, par exemple, ce qui empêche de cibler les zones les plus touchées. Si de nombreux chercheurs ont également appuyé la démarche, c'est pour réclamer un meilleur accès aux sources de données primaires, ce qui leur autoriserait une plus grande liberté dans le choix de leurs travaux.
« DÉMARCHE RÉDUCTRICE »

Composé de statisticiens (Insee, direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, etc.), de représentants des partenaires sociaux, de responsables territoriaux, de personnalités qualifiées dont Marie-Thérèse Join-Lambert, ancienne présidente de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, le groupe de travail préconise un changement de modèle concernant la mesure des inégalités en France : « Une tendance fréquente est d'approcher ces dernières par une de ses caractéristiques extrêmes qu'est la pauvreté. Cette démarche est réductrice. La construction d'un système d'information sur les inégalités nécessite de s'intéresser à l'ensemble d'une distribution : les pauvres, les riches ainsi que les catégories intermédiaires. » Deux types d'inégalités ont été largement étudiées (inégalités face au travail et à l'emploi ; inégalités des conditions de vie) et ont abouti à l'idée - si l'on met de côté les recommandations extrêmement techniques sur les calculs des séries - de créer de nouveaux indicateurs : ratio des taux de chômage cadres/ouvriers non qualifiés ; taux de persistance dans la pauvreté ; ratio cadres/ouvriers concernant l'espérance de vie à 60 ans, par exemple. De même, les chercheurs réclament le lancement de la production d'une information « dynamique », puisque celle disponible et exploitée aujourd'hui n'est souvent que de caractère statique.

Mais c'est sans conteste la question des « inégalités monétaires : patrimoines et revenus » qui a été identifiée par le groupe de travail comme « la lacune majeure du dispositif ». Sous-évaluation des informations portant sur les individus et les ménages, accès limité aux données... « La mesure des inégalités globales de richesse ne sera pas crédible aussi longtemps que demeurera une aussi vaste zone d'ombre », peut-on lire dans le rapport. « C'est le noeud du problème, indique l'un des experts du groupe de travail, mais nous avons le sentiment de prêcher dans le désert. Cela fait près de quinze ans que nous réclamons de pouvoir disposer d'informations recueillies, notamment par le ministère de l'économie et ses nombreuses directions. Plusieurs audits ont déjà été réalisés sur ce point mais sans succès. Or il est clair que le sujet des inégalités va être au coeur de l'élection présidentielle. Et comment soigner un malade sans bon diagnostic ? ».

Au ministère de l'économie, dont l'un des représentants sera présent à l'assemblée générale du 18 décembre, on dit n'avoir aucun état d'âme « à mobiliser des administrations s'il s'agit d'améliorer à moyen terme le système statistique français ». Bercy fait néanmoins preuve de prudence. En rappelant d'abord que se baser sur des sources fiscales « peut entraîner un fort biais statistique en raison des sous-déclarations possibles ou des techniques d'optimisation fiscale qui permettent à des particuliers ou à des entreprises de moins payer d'impôts » ; et que, vis-à-vis de la transmission d'informations individuelles, l'administration doit respecter les règles de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). « Elles imposent de se soumettre à toute une série d'autorisations qui parfois amènent à renoncer à la demande. » Un constat regrettable, d'autant que, reconnaît-on à Bercy, la distribution du patrimoine est extrêmement concentrée en France, et que « nous soupçonnons que cette concentration est encore plus forte que nous ne le pensons ».

Marie-Béatrice Baudet

Jean-François PASCAL a dit…

Reportage
Nous, les travailleurs pauvres
LE MONDE | 14.12.06 | 16h18 • Mis à jour le 14.12.06 | 16h18


ls survivent. Grâce à quelques heures de travail, d'un bout d'allocation, d'un salaire trop maigre. On les appelle pudiquement les travailleurs pauvres. "On a de la chance, disent-ils. Il y a bien pire que nous. Il y a des gens qui n'ont rien." Mais dans leurs vies fragilisées, un incident suffit pour basculer. Une facture imprévue, un avis de la Caisse d'allocations familiales (CAF), une amende...
L'angoisse a ressurgi dans la vie de la famille Lewille, un matin de novembre, lorsque Pascal, agent d'entretien dans une PME de transport, a reçu une lettre de son patron l'informant qu'à partir du 4 décembre, son temps partiel passait de 5 heures à 3 h 30 par jour, sans heure de nuit. "Juste avant Noël avec les gosses, cela m'a pris un peu à la gorge. Je vais passer de 900 à 600 euros par mois. J'ai accepté. J'étais le dernier embauché, je n'avais pas le choix", témoigne le quadragénaire.

Avec son salaire, M. Lewille nourrit cinq personnes, paie les factures d'eau (36 euros), de gaz et d'électricité (110 euros), les pleins de gasoil (plus de 250 euros) pour ses 60 kilomètres de trajet quotidien, et 120 euros de lait en poudre et de couches pour sa petite fille de quatre mois. L'aide personnalisée au logement (APL) et les allocations familiales servent à acquitter les 840 euros de loyer, une somme astronomique pour une maison située dans un des quartiers les plus déshérités de Roubaix (Nord) mais suffisamment grande pour accueillir deux de ses quatre beaux enfants.

"Pendant des années, se souvient-il, je n'avais pas de boulot. J'étais RMiste. J'ai commencé à remonter la pente. Je ne veux pas retomber." La signature d'un contrat à durée indéterminée en mars et la naissance de sa fille en août lui avaient redonné le moral. La diminution de son temps partiel lui fait craindre le pire. Et le pire pour cet homme placé en foyer à huit ans serait que la Ddass lui retire son bébé pour cause d'insuffisance de ressources. Pascal se fait donc à l'idée qu'il doit vendre sa moto achetée à crédit. Il a accepté d'inscrire les enfants au Noël du Secours catholique et toute la famille aux Restos du coeur. "La demande a été acceptée, s'émerveille sa compagne. D'habitude, on dépasse toujours les plafonds."

Dépasser le plafond, c'est la mésaventure qui est arrivée à Ophélie Lebrun, 19 ans, à Joaquim Abreu, 21 ans, et à leur bébé de six mois, Rayan. Après des années de galère et de rue, le couple avait obtenu le revenu minimum d'insertion (RMI) parce qu'il attendait un enfant. Dans la foulée, Joaquim, illettré, a décroché un contrat d'avenir à la mairie de Roubaix. Il travaille 112 heures par mois comme agent de nettoyage. Avec l'aide d'une association, ces parents heureux ont trouvé un appartement à louer. En sept mois, leur vie s'est métamorphosée : un travail, un toit, la naissance d'un superbe petit garçon. Et voilà que la CAF leur annonce, sans crier gare, la suppression de leur allocation différentielle de RMI ; 168 euros qui pèsent lourd dans le budget du jeune ménage.

Entre le salaire de Joaquim (600 à 700 euros par mois) et les allocations, Ophélie fait des prouesses pour joindre les deux bouts. Pas facile avec 130 euros de loyer pour un appartement qui s'est révélé insalubre, 85 euros d'électricité, 13 euros d'assurance, sans compter les frais pour le bébé et le remboursement progressif de 800 euros de dette. "Je suis allé à la CAF, pour qu'ils m'expliquent pourquoi ils avaient arrêté d'un coup de nous verser nos 168 euros. Ils m'ont envoyé balader", s'offusque Joaquim. Il a raison. Mais les services sociaux sont débordés. Le jeune homme ne baisse pas les bras pour autant. Il suit une formation de remise à niveau, indispensable pour réaliser son rêve : travailler dans le bâtiment.

Catherine Leroy non plus ne s'avoue pas vaincue. L'énergie du désespoir sans doute : les bons mois, elle gagne 350 euros en faisant des ménages chez des personnes âgées. Les mauvais, moins de 300 euros. Comme ses heures de travail sont déclarées, elle ne touche plus que 505 euros d'allocation de parent isolé (API) par mois au lieu de 635. Elle s'en débrouille pour vivre et faire vivre sa dernière fille qui prépare un "bac pro". Contre l'avis de ses proches, Catherine a accepté que sa petite dernière poursuive des études car "rien ne dit qu'elle aurait trouvé un emploi". Elle sait de quoi elle parle. Ses deux garçons, 24 et 22 ans, sont au chômage. Son aînée, 27 ans, est mère au foyer.

Au bout de trente ans de vie commune, Catherine Leroy a trouvé la force de se séparer d'un mari dont elle tait la violence. "J'ai passé trois mois chez mes parents, quatre en foyer et je viens d'emménager avec ma fille dans un appartement meublé grâce à une amie", explique-t-elle, les larmes aux yeux. Travailler plus ? Cette grand-mère de 49 ans, titulaire d'un CAP d'employée de bureau, en rêve. Mais les associations d'aide à domicile ne lui trouvent rien de régulier. Quelques heures en plus, qui lui coûtent cher en déplacement. Et elle vient d'écoper de 90 euros d'amende pour ne pas avoir fait réparer sa voiture après un contrôle technique.

Ce n'est pas un emploi, mais l'argent qui manque à David Mortelette, 34 ans, pour sortir du surendettement. "J'ai une belle qualification dans le bâtiment, mais le salaire ne suit pas", explique ce trentenaire qui travaille depuis qu'il a 14 ans.

Au début des années 2000, son patron se suicide. Resté six mois sans salaire, il se résout à faire une demande de RMI, bricole et s'endette pour faire vivre sa femme et ses deux fils. Un troisième garçon vient au monde. David Mortelette retrouve un job de salarié, contracte un nouveau crédit. En accord avec son patron, il se fait licencier pour se mettre à son compte. Les Assedic crient à la démission déguisée et refusent de l'indemniser. La famille plonge un peu plus.

Aujourd'hui, le salaire de David est de 1 340 euros, sur lequel 900 euros sont prélevés, en début de mois, pour payer les dettes et le loyer. "Depuis qu'il y a l'euro, c'est très dur. Je dois encore 3 800 euros. C'est beaucoup. Même en faisant les brocantes, je n'y arrive pas", se désole-t-il. Sans le Secours catholique et ses familles d'accueil bénévoles, ses enfants n'auraient jamais connu le plaisir de partir en vacances.

"Evidemment, on pourrait divorcer, ma femme et moi. Ou faire de fausses déclarations. Mais ce serait voler l'Etat. Ce n'est pas mon genre", remarque David. Songeur, il couve des yeux ses enfants qui jouent paisiblement sur le canapé du séjour : "J'ai toujours travaillé. J'ai réussi à monter. Maintenant, je n'y crois plus. Je ne suis jamais parti en vacances, même pas à Dunkerque. Partir quinze jours avec mes trois garçons, serait-ce trop demander après vingt années de travail ?"


Claire Guélaud
Article paru dans l'édition du 15.12.06

Jean-François PASCAL a dit…

LE MONDE 8-12-2006

Emmaüs, le SAMU social, les Restos du cœur, Médecins du monde (MDM) et d'autres associations en première ligne sur le front de la lutte contre la misère ploient sous le fardeau, et rappellent l'Etat à ses responsabilités, ont-elles indiqué, jeudi 7 décembre.
Quand MDM a créé sa mission SDF à Paris, en 1993, "nous pensions que c'était une mission d'urgence, c'était un hiver froid, et la station de métro désaffectée de Saint-Martin, à Paris, affichait complet", raconte sa responsable, Graciela Robert.

Treize ans plus tard, non seulement elle existe toujours, mais il y a seize missions identiques en France, où l'Insee dénombrait au moins 86 000 sans domicile fixe en 2001."Il y a les demandeurs d'asile, beaucoup plus de jeunes et de femmes, de travailleurs pauvres", témoigne Graciela Robert : "C'est M. et Mme Tout-le-Monde qui peut se retrouver dans la rue."

Le SAMU social de Paris a vu lui aussi le jour en 1993. Il a géré 41 843 nuitées en 2004, contre 37 200 en 2000. En chiffres absolus, moins de personnes ont été aidées (5 225, contre 6 018), mais elles sont restées plus longtemps dans la précarité. Le SAMU social de Paris a d'ailleurs été épinglé dans un rapport de la chambre des comptes d'Ile-de-France pour sa facture hôtelière, qui atteint déjà 37 millions d'euros en 2006, faute de structures pour accueillir les SDF. "On est toujours en dessous des besoins", déclare aussi Didier Cusserne, secrétaire général de l'association Emmaüs.

Devant cette situation, qu'elles attribuent en particulier à l'insuffisance de logements sociaux, les associations se font plus militantes. MDM a commencé en décembre 2005 à distribuer des tentes aux sans-abri pour les protéger et rendre plus "visible" un problème trop ignoré. Une quarantaine d'associations se sont prononcées pour "le droit au logement opposable" et font campagne afin de convaincre les candidats à la présidentielle de se mobiliser sur ce thème.

"DES ENJEUX POLITIQUES ESSENTIELS"

Le droit au logement opposable engagerait la responsabilité des pouvoirs publics, au même titre que le droit à la santé, et permettrait au sans-logis ou au mal logé de se tourner vers la justice. "Il y a des enjeux politiques essentiels. Il faut choisir entre une société qui admet l'exclusion et une société solidaire", estime Didier Cusserne, favorable à ce droit au logement, essentiel à toute démarche d'insertion. "Il s'agit de savoir dans quel type de monde nous voulons vivre, voilà pourquoi nous voulons interpeller les candidats de 2007", explique-t-il.

L'Association Emmaüs attend des candidats qu'ils reprennent ses propositions de "mesures prioritaires", comme la création d'"auberges" pour les travailleurs sans abri, la révision du financement de l'hébergement d'urgence, et "une politique du logement réellement sociale" afin de libérer l'engorgement de l'hébergement d'urgence.

Les Restos du cœur, qui distribuent "dix fois plus de repas" qu'à leur création, il y a vingt et un ans, et ont constaté que 20 % des personnes qu'ils ont accueillies en 2005 n'avaient pas de logement, interpellent aussi les candidats au sujet de l'"énorme déficit de logements sociaux en France", indique son président, Oliver Berthe, le chiffrant à 600 000. Pour lui, si, pendant longtemps, "notre société n'a pas été assez solidaire", elle pourrait prêter aujourd'hui davantage d'attention à l'impératif de solidarité car "la précarité inquiète de plus en plus de personnes".